Philippe Granger, poète chantant... vous souhaite la bienvenue

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Les prisons à ciel ouvert

texte et chanson du volet II

en hommage aux groupes d'Amnesty international


LES PRISONS À CIEL OUVERT


Que notre cécité aveugle leurs façades,

Qu'à trop bien les entendre on en soit assourdis,

En s'y accoutumant, rien moins qu'abasourdis,

Quand bien même elles n'ont ni tours, ni palissades,

Voilà qu'en maints endroits elles servent l'envers

D'un décor si béant qu'on voit jusqu'aux entrailles

De ces prisons à ciel ouvert,

Le monde pour murailles.

 

Ici les détentions aux abus d'arbitraire,

Là on viole on torture en toute impunité,

Les procès, les arrêts, en toute iniquité,

Et les exécutions somme toute sommaires,

Sont, pour les libertés, tout autant de cancers,

Qui, si l'on n'en fait cas, sonnent leurs funérailles,

Dans des prisons à ciel ouvert,

Le monde pour murailles.

 

C'est ici que l'on pille, ici que l'on exile,

Vers un désert d'oubli plus dur que des barreaux,

Où la faim est plus sûre encor que des bourreaux,

Ici que disparaît l'impudent, l'indocile.

On en connaît des tas, pas qu'au diable vauvert,

Avec leur corps informe et leur coeur de pierrailles,

De ces prisons à ciel ouvert,

Le monde pour murailles.

 

Et là on dépossède, on tue, on s'habitue,

Tant qu'il n'est plus d'enfants qu'esclaves ou soldats

Ignorant si pour eux, un lendemain viendra,

S'il est même un salut où l'espoir se situe.

Pour n'être que les fils d'un sinistre univers,

Leurs jours n'ont de couleurs autres que la grisaille

De leur prison à ciel ouvert,

Le monde pour murailles.

 

Ô femmes de tyrans, qu'avec force violences,

On damne et l'on condamne au nom d'un tout-puissant,

Qu'on mette ainsi vos chairs sans cesse à feu à sang,

Ne fait force de loi qu'à force de silences !

Et qu'elle soit dorée, elle reste un enfer,

Dont les dieux, les démons, c'est à croire se raillent,

Une prison à ciel ouvert,

Les hommes pour murailles.

 

Que vaut le droit humain sans l'humaine conscience

Pour qui en premier lieu il est écrit au ciel,

Pourtant il est de fait, loin d'être universel,

Quand partout, de tous temps, jouissant de ses absences,

Libre tant qu'elle a pu elle l'a recouvert,

Mieux qu'une chape en plomb, de son humide paille,

Chaque prison à ciel ouvert,

Le monde pour murailles…

 

Que notre cécité aveugle leurs façades,

Qu'à trop bien les entendre on en soit assourdis,

En s'y accoutumant, rien moins qu'abasourdis,

Quand bien même elles n'ont ni tours ni palissades,

Alors ici et là, à tort et à travers,

Du moindre clair-obscur grouilleront les entrailles

D'une prison à ciel ouvert,

Et nous tous pour murailles…

 

Car notre cécité aveugle ses façades,

Et à trop bien l'entendre on en est assourdis

 



04/10/2011
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